mercredi 21 octobre 2015

Johannesburgh décembre 2013

                                                                     








J'adore Johannesburgh.

Je n'arrive pas à me lasser de ces caméras de surveillance devant les propriétés, qui trônent comme les lions de granit sur les piliers du portail de chez mes parents. Je m'imagine des artistes vidéastes dans une démarche conceptuelle: filmer leur pas de porte, la vie qui y défile, l'usure du trottoir, une parabole sur le temps qui passe en quelque sorte, et ça me rassure...l'art.
Et puis il y a cette combinaison unique vin rouge/viande rouge, un champ d'expression plutôt cadré, mais une monochromie qui évite bien des complications en tous les cas:
- Qu'est-ce qu'on mange? de la viande? Bon je vais ouvrir du rouge.
- Qu'est-ce qu'on boit? ah ben oui du rouge! Chouette je décongèle des steaks!
De l'épure
L'épure se retrouve d'ailleurs chez les Sud-africains chez qui le code couleur est sans équivoque: un rose bien rose, un rose étalon pour la femme, et un bleu d'école, sans nuance, presque réglementaire pour les hommes.
Le cahier des charges pour l'homme mentionne également une masse musculaire prononcée, voir agressivement exprimée à laquelle il n'est autorisé de déroger que lors d'une longue hospitalisation ou pour embrasser la carrière de chanteuse d'opéra (auquel cas le code couleur change, faut faire gaffe).
Pour la femme, le cheveu est long, le maquillage abondant et obligatoire ainsi que les bijoux et paillettes.
Tout attribut féminin qui puisse être outrancièrement mis en valeur à coups de rembourrage est le bienvenu.
Bref il faut qu'on puisse se reconnaître rapidement, de loin et même bourré: moi homme, toi femme.
S'il pouvaient se tatouer respectivement des testicules ou des seins sur le front, il n'est pas exclus qu'ils le fassent.

Toujours est-il qu'ils savent accueillir les Sud-africains, surtout les blancs qui nous ouvrent grand les portes de chez eux ou plutôt de chez les noirs dans les townships. Ces ghettos se visitent, les blancs ont déconné pendant l'apartheid en créant les townships pour tenir les noirs à distance mais maintenant pour se faire pardonner ils y vont dans les townships en 4x4 et avec des caméras , un safari quoi!
Tous artistes vidéastes je vous dis.
Dans un souci d'épure permanent, on est blanc ou noir en Afrique du sud, on vit à Disney ou chez Kirikou, on filme ou on est filmé.

Encore heureux, Mandela est arrivé, il a montré la voie...la nation arc-en-ciel comme ils disent: comme quoi, on peut casser du caillou pendant 27 ans et en ressortir avec ce recul sur les choses, sur la vie. Tellement de recul qu'on ne voit plus rien peut-être. Rien ne nous affecte plus.
- Quoi ? y'a plus de corn-flakes?
On relativise.
- Quoi? Johnny ressort un album?
Pas si grave...
- Hein? Les Enfoirés reprennent des chansons de Noel et entament une tournée partout en France?
Aargh! Je résiste...
- Avec Mimi Mathy et Grégoire?
Putain merde... quand même!

Bref, une leçon.
Aujourd'hui les noirs ont les mêmes droits que les blancs et surtout le droit de gagner de l'argent: le 4x4, l'écran plat géant, les 350 chaînes de télé, le saumon fumé recolorisé en rose, l'abonnement gymnase-club, Louis Vuitton, etc...
A quand le droit de ne pas leur ressembler?

Vraiment... j'adore Johannesburgh.

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